Beauté & Culture, Industrie & éducation Jacques Besner Beauté & Culture, Industrie & éducation Jacques Besner

Beauté, pyramides et belles promesses

Rien ne me rend plus heureux, comme enseignant, que de voir mes anciens étudiants réussir dans le métier que je leur ai fait découvrir. Et lorsqu’un ancien étudiant reprend contact avec moi, je suis toujours heureux d’avoir de ses nouvelles, de savoir où la vie l’a mené et de découvrir ce qu’il est devenu.

Récemment, une ancienne étudiante qui s’est bâti une belle et longue carrière dans le milieu de la beauté m’a écrit pour me dire qu’elle avait quelque chose d’extrêmement excitant à me proposer.

Rien ne me rend plus heureux, comme enseignant, que de voir mes anciens étudiants réussir dans le métier que je leur ai fait découvrir. Et lorsqu’un ancien étudiant reprend contact avec moi, je suis toujours heureux d’avoir de ses nouvelles, de savoir où la vie l’a mené et de découvrir ce qu’il est devenu.

Récemment, une ancienne étudiante qui s’est bâti une belle et longue carrière dans le milieu de la beauté m’a écrit pour me dire qu’elle avait quelque chose d’extrêmement excitant à me proposer.

Comme j’avais été le professeur qui lui avait fait découvrir le maquillage, je me suis naturellement emballé.

Peut-être voulait-elle collaborer à un projet éducatif. Peut-être souhaitait-elle m’inviter quelque part comme conférencier.

En quelques minutes, manifestement, j’avais déjà accepté mon Oscar.


Le lendemain matin, je lui ai répondu, heureux de reprendre contact avec elle, et lui ai demandé de quoi il s’agissait.

La conversation a commencé tout à fait innocemment : quelques comment vas-tu?, un peu de rattrapage sur nos vies respectives. Puis elle m’a demandé si je connaissais une marque de beauté appelée Riman.

Non.

Elle a commencé à me parler des produits qu’elle adorait, des couleurs, des textures, de l’expansion constante de la beauté sud-coréenne à travers le monde et, surtout, du succès financier qu’elle connaissait en vendant la gamme. L’entreprise cherchait apparemment à prendre de l’expansion dans ma région et, naturellement, elle avait pensé à moi.

Pendant qu’elle m’écrivait, j’ai commencé à faire mes propres recherches.

Et à chercher le piège.

La gamme semblait relativement conventionnelle, positionnée à un prix plutôt élevé et fréquemment offerte sous forme d’ensembles. Mais surtout, l’entreprise fonctionnait selon une structure de marketing multiniveau, dans laquelle les représentants peuvent toucher des commissions sur leurs ventes et, potentiellement, sur le recrutement et l’activité commerciale d’autres représentants.

C’est là que mon cœur a coulé.

J’ai toujours été profondément mal à l’aise avec ce genre de modèle d’affaires.

Pas parce que vendre des produits me répugne. Je travaille dans l’industrie de la beauté depuis plus de trois décennies. Vendre, recommander et faire découvrir des produits fait partie du métier.

Ce qui me dérange, c’est ce qui se produit lorsque les gens qui nous entourent commencent doucement à ressembler un peu moins à des amis, des membres de notre famille, des collègues ou d’anciens professeurs…

…et un peu plus à des clients potentiels.

La famille.
Les amis.
Les amoureux.
Les collègues.

Tout le monde devient un prospect.

Et après, on se demande pourquoi certains membres de la famille ne sont plus invités aux partys.

Le marketing multiniveau existe depuis des décennies dans l’industrie de la beauté. Des marques comme Mary Kay, Avon et Arbonne ont toutes utilisé différentes variantes de vente directe ou de réseaux de représentants, et ces structures alimentent depuis longtemps les discussions autour du recrutement, de la saturation du marché, du véritable potentiel de revenus et de la pression exercée sur nos réseaux personnels.

Au fil des années, on m’a proposé à plusieurs reprises de représenter ou de vendre des produits pour des entreprises fonctionnant de cette façon. J’ai également vu des amis investir des sommes considérables dans des produits qui ont fini par dormir sur des tablettes.

Invendus.

Indésirés.

Inutilisés.

Et, soyons francs, inutiles.

Mais ce qui me dérange le plus demeure l’aspect recrutement.

La promesse n’est souvent plus simplement de gagner de l’argent en vendant un produit. L’attrait devient aussi la possibilité d’intégrer d’autres vendeurs à la structure et, éventuellement, de bénéficier financièrement de leur propre activité.

Et cela change la nature de l’échange.

Ce qui m’a dérangé en recevant le message de mon ancienne étudiante n’était pas simplement qu’elle me propose un produit de beauté. Des relationnistes m’en proposent régulièrement; cela fait partie de ma vie professionnelle.

Ce qui m’a dérangé, c’est de réaliser qu’une relation que j’associais au mentorat, à une histoire commune et à une affection sincère était devenue la porte d’entrée vers une occasion commerciale.

Peut-être a-t-elle sincèrement pensé à moi parce qu’elle croyait que je serais bon dans ce genre de rôle.

Je veux bien lui accorder cette générosité.

Mais c’est aussi précisément ce qui me dérange dans ce modèle : il nous encourage à regarder nos relations et à y voir des marchés potentiels.

Je ne saurais vous décrire à quel point il était étrange pour moi de voir une ancienne étudiante me proposer une occasion dont elle pourrait éventuellement tirer un bénéfice financier, sachant que ce sont, entre autres, mes connaissances, ma patience et mon enseignement qui l’ont aidée à faire ses premiers pas dans cette industrie.

Le culot.

L’aplomb.

Et, je dois l’admettre, l’ironie.

Je comprends la tentation.

Nous vivons dans un monde où tout le monde essaie d’en faire trop, pour hier, d’augmenter ses revenus, de maximiser son temps et de multiplier ses sources de revenus.

J’essaie de faire exactement la même chose.

Mais il doit bien exister des façons de générer des revenus sans cannibaliser notre cercle social et transformer chaque personne que nous connaissons en client potentiel.

Au bout du compte, j’ai poliment décliné son offre.

Je lui ai dit que j’étais heureux qu’elle ait trouvé quelque chose qui fonctionnait pour elle, mais que je n’étais pas intéressé à investir dans une autre marque de beauté.

En ce moment, j’ai besoin d’investir en moi.

Et puisque nous parlions manifestement d’occasions professionnelles, je lui ai demandé si elle accepterait de rédiger un témoignage sur son expérience comme étudiante avec moi.

Elle a très gentiment accepté.

Au moment où j’écris ces lignes, j’attends toujours.

Il y a peut-être là aussi une leçon à retenir.

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